Une bavure si bien organisée, la reconstitution le sera-t-elle aussi ?

Aujourd’hui a lieu la reconstitution des tirs de flashball du 8 juillet 2009 à Montreuil.

Faut-il rappeler le scénario qui se rejoue en ce moment aux alentours de la Croix de Chavaux ?

Au départ, il y a une ancienne clinique, laissée à l’abandon par ses propriétaires, puis occupée et transformée en un lieu ouvert sur la ville. Ses occupants cherchent à constituer un espace politique à partir des problèmes qui se posent quotidiennement à eux – problèmes de logement, problèmes de revenus, harcèlement policier, isolement, etc. De là, une série d’initiatives voit le jour : un cercle collectif de recherche de logement, un collectif de chômeurs et précaires, un magasin gratuit, des projections de films, des concerts, etc.

Le 8 juillet 2009, au petit matin, la police vient expulser la clinique.

Pour protester contre leur expulsion, les occupants organisent le soir même un repas sur la rue piétonne. Puis, ils partent en manifestation jusqu’à la clinique. Ils y restent quelques instants et s’en vont à l’arrivée de la police. Alors qu’ils se trouvent au milieu de la place du marché, quelqu’un est interpellé. Ils se retournent. La police en ligne, armée de flashball, leur tire dessus. L’un d’entre-eux est touché à l’oeil qu’il perdra définitivement. Quatre autres personnes sont touchées au dessus de l’épaule. On compte plus de dix tirs lancés.

Un instruction judiciaire est ouverte. Le dossier est accablant pour la police. Un premier agent de la BAC est  mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. Un an plus tard, deux autres policiers sont mis en examen à leur tour. Les raisons que les tireurs évoquent pour justifier leur violence, la soit-disante violence des manifestant-e-s, tombent devant l’ensemble des témoignages.

Les tireurs le disent : on leur avait donné carte blanche pour empêcher le réinvestissement de la clinique. Qui leur avait donné carte blanche  ? Le commissaire ? Le préfet ? On pourrait remonter loin dans la chaine de commandement. Mais une chose est sûre, la violence de ce soir-là s’inscrit dans une longue liste d’actes répressifs dont la logique s’élabore au plus haut niveau de l’état. Faut-il rappeler les propos d’Alliot-Marie, quand elle était ministre de la défense, sur le nouvel ennemi  intérieur – les anarcho-autonomes. Cette catégorie policière à partir de laquelle l’état se laisse toute liberté d’emprisonner, de mutiler ceux qui contestent le pouvoir.

Quand la hiérarchie policière donne carte blanche aux agents de la BAC, elle sait ce qu’elle veut. Ce soir-là, il fallait faire peur, faire mal, inscrire la répression dans les corps, mettre à terre ceux qui depuis de longs mois refusaient de baisser la tête, et à travers eux, transmettre la peur à tous ceux qui font ou voudraient faire de même.

On sait comment le pouvoir, à fortiori celui qui nous gouverne aujourd’hui, fait un usage maîtrisé et régulier de la « bavure » pour distiller la peur dans la population. Ne parlons que des dernières en date :

Le 12 décembre 2010, un homme est mort à Marseille suite à un tir de flashball. Quelques temps avant, à Colombes, une  autre personne meurt suite à des coups de tazer. Le 14 octobre 2010 au lycée Jean Jaurès à Montreuil, les CRS chargent le blocage organisé par les lycéens en grève contre la réforme des retraites et tirent au flashball. Un lycéen est touché au visage. Tous le monde a vu la vidéo sur internet. La police tire alors que le lycéen déplace une poubelle.

Dans chaque histoire, la même violence. Dans chaque histoire la même impunité. Qu’en sera t-il cette fois-ci. Nous ne le savons pas. Mais rien ne peut nous faire oublier tous les morts, tous les blessés pour qui la justice a fait mine (ou pas) de vouloir donner réparation, pour finalement noyer notre colère dans de longues procédures judiciaires et prononcer un non lieu.

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