Mais que fait la Police ? Ça crève les yeux !

Ce texte fut distribué et collé sur les murs de Montreuil une année après les faits.

C’était il y a un an, à Montreuil, sur la place du marché, une ancienne clinique occupée.

C’était un lieu de lutte ouvert sur la ville où l’on vivait et s’organisait. Les activités du lieu s’inventaient en réponse à nos refus, à nos désirs, à nos besoins : un cercle de recherche de maisons, un collectif de chômeurs, un numéro d’urgence contre les arrestations de sans-papiers, des soirées de soutien à des prisonniers, un journal mural hebdomadaire, des projections de films, une radio de rue, des magasins gratuits, des cantines, des concerts… C’était donc le 8 juillet 2009. Au matin, 200 policiers sont venus nous expulser. Nous avons décidé d’occuper la rue, ce que nous faisions à l’intérieur de la Clinique, nous l’avons fait dehors. Le soir, nous avons organisé un grand repas au bout de la rue piétonne. De là, nous sommes partis devant la Clinique. A cet endroit, la police a tiré sur les manifestants au flash-ball sans sommation et au visage. Cinq personnes ont été blessées. Épaule, clavicule, nuque, tête. Joachim a perdu un œil. C’était le 13 juillet 2009. Nous sommes descendus par centaines dans les rues de Montreuil, pour ma- nifester contre ce qu’il s’était passé. Casqués pour certains, tous protégés par deux grandes banderoles renforcées, sur lesquelles était écrit : « Condés hors des quartiers » et « Ils exploitent, raflent, expulsent, tuent… Autodéfense ! ». Ils voulaient nous terroriser. Cela ne pouvait rester sans réaction. Collectivement, le plus nombreux possible, il fallait repousser la peur, à nouveau occuper la rue.

Trop de bruit pour que la justice ne se saisisse pas de l’affaire, trop de bruit pour que la police ne lâche pas un tireur pour calmer la dite « opinion publique ». Mais encore une fois, il ne s’agissait pas d’une « bavure ». Alors qu’en est-il des autres tireurs, de leur hiérarchie ? Qu’en est-il de tous ceux qui se font violenter par la police et dont on ne parle jamais ? Qu’en est-il de toutes les affaires enterrées ? L’institution judiciaire neutralise notre colère, capte notre besoin de vérité, isole nos histoires les unes des autres comme si elles n’étaient que des « affaires » séparées, et nous empêche d’agir ensemble.

Et surtout qu’en est-il de Villiers-le-bel ? En novembre 2007, deux jeunes sont tués par la police. Villiers-le- Bel répond par deux nuits d’émeutes et d’affrontements où la police se fait canarder. Cinq personnes sont arrêtées et mises en prison depuis déjà deux ans. Leur procès vient d’avoir lieu : 3 à 15 ans de prison ferme. Alors que les flics ayant tué les deux jeunes de Villiers-le-Bel sont relaxés contre toute évidence, la justice s’acharne sur des inculpés, contre lesquels elle n’a aucune preuve, sinon des témoignages sous X très très très douteux.

Comment réagir à ce qui est arrivé à Montreuil ? D’abord, en ne cédant pas à la peur et en continuant ce que nous faisions à la Clinique. Et aussi en allant à la rencontre de ceux qui comme nous ont connu des violences policières. En juin dernier, nous nous sommes vus lors d’une réunion publique pour parler et s’organiser. Des proches de personnes tuées par la police ont témoigné : Lamine Dieng mort à Paris, Ali Ziri mort à Argenteuil, Umüt mort en Suisse, Mickael mort noyé dans la Marne. C’est plusieurs fois par mois que les flics blessent et tuent. Ils crèvent les yeux, ils jouent au ball trap dans les rues, ou aux auto-tamponneuses. Des histoires comme ça, il y en a plein. C’est sur notre vie de tous les jours que le quadrillage policier se resserre : dans les cités, dans les rues, sur les routes, dans les gares, les transports, les écoles ; autour des sans-papiers, des jeunes des quartiers, des biffins, de ceux qui luttent. Ils incitent à la délation, ils fichent, ils arrêtent, ils contrôlent, ils tabassent, ils gardent à vue, ils emprisonnent, ils expulsent.

Jeudi 8 juillet 2010. Rassemblons-nous autour d’une table d’information pour se rencontrer et discuter. RDV à midi devant l’ancienne Clinique (place du marché à Croix de Chavaux). RDV à 18h à l’entrée de la rue piétonne (rue du C. Dreyfus, toujours à Croix de Chavaux).

Actualités locales : En avril 2010, devant le centre social des Morillons, des enfants jouent à cache- cache. Deux voitures de flics arrivent en trombe, braquent et terrorisent les enfants au flash ball. En mai, des flics arrêtent Gako et l’embarquent en voiture. Direction un terrain vague – « T’inquiète, on va te faire une surprise ». Coups de pieds, coups de poings, puis les flics l’abandonnent dans un buisson.

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